MALADIE NOSOCOMIALE
Mercredi 23 Novembre 2022
MALADIE NOSOCOMIALE
En 1993, je suis parti me faire opérer de la colonne pour la deuxième
fois. Un jour j’ai fait un abcès sur la cicatrice, il a pété. Au bout de 6 mois
le chirurgien faisait des prélèvements, les envoyait à l’analyse et ça
revenait sans germe.
Alors j’ai passé un an comme ça entre l’hôpital et chez mes parents,
et ça c’était long ! À chaque fois, il nettoyait la plaie, et ça re-pétait. Ils
nettoyaient ça sous anesthésie générale, en plus... Il a fait ça pendant 1
an, à chaque fois, il faisait des prélèvement de ce qui coulait de la
cicatrice et ça revenait sans rien. Et un jour, il me dit : « tu fais peut-être
une allergie à la barre que je t’ai posée, mais il faut attendre encore un
peu que la greffe prenne et que ce soit consolidé. Je pourrai te l’enlever
après. » J’ai tenu 1 an, c’était très long. Et les gens de l’hôpital, ils me
voyaient revenir et me demandaient ce qu’ils pouvaient faire pour moi.
Ils voyaient bien que le chirurgien ne cherchait plus, bloqué sur son idée
de rejet de la barre alors qu’en 1984, lors de la première greffe, je
n’avais pas du tout fait de rejet. Et un jour, il me dit : « tu devrais aller
voir ta dentiste, par ce que, parfois, les allergies, ça vient des infections
dentaires » ; donc je l’ai écouté.
Je suis allé chez ma dentiste, elle regarde toutes mes dents, il n’y
avait pas de problèmes aux dents.
Ma mère et moi, on lui raconte que je me baladais entre l’hôpital et
chez mes parents. Et puis elle me dit, à moi directement : « Jérome, tu as
confiance en moi ? » ; je lui réponds : « oui !». Elle m’a dit, j’ai un vieux
copain qui travaille aux maladies infectieuses à la Croix-Rousse, Je peux
l’appeler pour lui poser une question ? » Je lui dis : « vas-y, prends ton
téléphone si tu peux m’aider tant mieux ». Elle prend son téléphone, on
lui demande de rappeler par ce que c’était un spécialiste. Elle dit deux-
trois conneries pour l’amadouer pour qu’il rappelle.
Il rappelle 10’ après, j’étais toujours chez la dentiste, alors elle met le
haut-parleur, elle parle pour moi, en lui disant que j’avais été opéré de la
colonne, que j’avais fait un abcès sur la cicatrice et que ça coulait ; qu’on
faisait des prélèvements régulièrement, dès que ça pétait et que ça
revenait sans germe.
Il lui répond dans le téléphone : « ma Poule, ça fait 20 ans que je
travaille dans les infections, 20 ans que je n’ai pas vu d’infection sans
germe. Quand il y a pus, il y a germe ». Elle lui répond : « oui, mais pour
aller dans ton service, qu’est-ce-qu’il faut qu’il fasse pour pouvoir y
entrer ? Ça doit être long pour obtenir un rendez-vous ou une place ? » et
il reprend : « je m’occupe de l’intendance ; je veux le voir dans mon
service dans 48 heures. Il ne verra que des internes par ce que moi je
suis à un colloque sur les maladies infectieuses à l’autre bout de la
France, ou dans un autre pays, je ne sais plus. Et il dit : « tu ne verras
que des internes, mais moi, en rentrant, je te promets que je regarderai
ton dossier. ». Alors il explique à ma mère qu’il voulait me voir dans 48
heures.Mais avant d’aller à la Croix-Rousse, je suis allé dire à mon
chirurgien qu’il fallait mon dossier, que j’allais ailleurs pour vérifier
quelque chose. Et j’ai découvert qu’à l’époque, on ne pouvait pas
déplacer un dossier médical d’un hôpital qui l’avait géré. Alors moi, je lui
ai dit gentiment : « il me faut mon dossier, tu te débrouilles comme tu
veux je suis là avec un ambulancier ; j’attendrais le temps qu’il faudra,
mais il faut que je rentre à la Croix-Rousse avec mon dossier ». il est parti
en rouspétant un peu. Bon, bref, il est revenu avec mon dossier...
Et il a dit à Maman et à l’infirmière qui était là : « Vous avez vu ? Les
patients maintenant quand ils sont mécontents du service, et bien c’est
comme un mécanicien de voiture, ils changent de garage ! ». Alors moi,
j’ai rigolé, je lui ai dit que j’avais confiance en lui mécaniquement, mais
que je voulais m’en sortir, que je ne voulais pas rester comme ça, donc je
suis parti à la Croix-Rousse.
On est allé à la Croix-Rousse, dans un vieux service tout pourri , tout
triste. Ça faisait pas envie d’y rester, il faut le dire, pas du tout. Mais je
l‘avais pas le choix ! Alors j’ai fait tout mon pedigree devant un théâtre,
ils me disent : « ben heureusement que ça a coulé, parce que ç’aurait
été la septicémie. Tant qu’il y a l’abcès pour écouler, c’est bien » et puis
il me dit ; « vous aller passer la nuit ici, parce que là il est 16h et on ne
peut pas travailler à cette heure. » Donc, je passe la nuit et le lendemain
je vois le même jeune, et je lui dis « c ‘est quand qu’on attaque pour
chercher ce que j’ai dans le dos ? ». Il me dit : « Jérôme, tu as bien
dormi cette nuit, on t’ a fait dormir avec un petit cachet et, pendant que
tu dormais, on a fait des prélèvements toutes les heures. Maintenant
c’est en culture, tu peux rentrer chez toi.et je vais te donner un
antibiotique de base et on attend le résultat »
Voilà, j’ai passé 24h à la Croix-Rousse et au bout de 48 heures, il
rappelle chez mes parents, parce qu’à l‘époque, je n’avais, pas de
portable. Ma mère, elle n’osait pas décrocher parce qu’elle avait repéré
le numéro de la Croix-Rousse. Elle décroche et le premier mot du docteur
qui avait dû la sentir pas très zen quand on était là-bas, il lui a dit :
« n’ayez pas peur, Jérome, il est sauvé, mais vous pouvez me le
ramener ? Je vais lui expliquer ce qu’il a et puis on va lui donner le bon
traitement, ça va bien se passer ; » alors je suis retourné à la Croix-
Rousse, il m’a mis sous antibiotiques très fort en perfusion pour
commencer ; et il nous a dit « vous avez une maladie nosocomiale qui ne
s’attrape que dans les blocs opératoires. Votre chirurgien, avant de vous
ouvrir pour nettoyer, il aurait dû prendre conseil auprès d’un services de
maladies infectieuses, peut-être pas à la Croix-Rousse, un autre, ça
aurait été plus vite. » Et puis il m’a soigné et tout s’est bien passé, très
bien passé même. Par contre les antibiotiques à haute doses, ça a
déclenché des diarrhées incontrôlables.
Donc voilà, j’ai fait ce traitement antibiotique chez moi. Entre temps,
les centres, comme ça faisait longtemps que j’étais parti, ils m’ont fait
téléphoner par le service social disant que si je n’étais pas là la semaine
suivante, je perdais ma place . Alors avec maman, mon médecin et celui de la Croix-Rousse, on a décidé de ne plus faire le traitement par
perfusion mais par piqûre. Comme ça, j’ai pu regagner ma place, sinon
j’allais perdre l’hébergement et le centre de jour.
Vive le social et vive la considération sociale des gens qui gèrent les
établissements. Ça veut bien dire qu’on n’est que de l’argent! ça c’est
une parenthèse.
Et voilà. Quand j’ai été stabilisé, il fallait quand même changer les
pansements, tous les 15 jours, j’allais à l’hôpital.. Et ça s’est passé
comme je vous ai dit. La plaie s’est refermée toute seule, Y’avait plus
besoin de nettoyer, de curer. Tout ça pour vous dire que des fois tu
rentres à l’hôpital pour réparer un truc et puis tu attrapes une
cochonnerie parce que les salles d’opération sont beaucoup trop
désinfectées à fond, et les virus apprennent à résister. Mais je m’en suis
sorti et je vais bien.
Jérome Corderet
17 novembre 2022