Jérôme Corderet, handicapé pas méchant ! Jérôme Corderet, handicapé pas méchant !

UN MONDE AVEC ZÉRO RISQUE.

Mercredi 8 Avril 2026
UN MONDE AVEC ZÉRO RISQUE. Image 1
UN MONDE AVEC ZÉRO RISQUE. Nous vivons dans un monde où personne ne veut prendre aucun risque. Je m'explique. Aujourd'hui, j'ai croisé un ancien directeur, d'une ancienne structure qui n'existe plus. Et on a eu une conversation avec mon kiné, car il a vu que repenser à ce directeur m'allumait le regard. Oui, car toute sa direction n'était pas avec les mêmes règles. Bien sûr, nous avons vécu plein de choses en interaction avec plein de gens différents. Je prendrai deux exemples. Mon premier saut en parapente. Il a fallu trouver un médecin du sport connaissant le handicap et le parapente. Elle m'a fait l'ordonnance en précisant au pilote qu'il ne fallait pas que mes jambes touchent par terre. J’ai fait un peu près 5, 6 sauts en parapente dont une vraie chute. D’ailleurs le premier saut, le médecin, le médecin du Fort où on allait, il m’a signé une ordonnance pour pouvoir sauter mais il m’a dit : « Jérôme, j’ai signé, mais je ne sais pas où on va là. Faut que je demande ? » Parce qu’il connaissait des gens, mais il m’a dit que j’étais la première personne avec si peu de capacités physiques, ne pas pouvoir courir, « mais j’ai signé, on va voir. » Et un mois et demi, deux mois après, je me suis retrouvé vers Grenoble avec quelqu'un qui n'avait jamais fait sauter une personne en fauteuil. Il m'a dit : «J'ai dit oui, mais je ne sais pas comment ça va se passer. » Il m'a enfilé un baudrier, tout bien serré pour que je ne bouge pas dedans. Il a dit à son collègue : « Pendant que la voile se gonfle, toi, tu tiens Jérôme derrière moi, debout. » Le collègue a eu plus peur que nous. Ils m'ont reposé dans l'herbe par terre et le pilote lui a dit ; « Bon, arrête d'avoir peur. Il est venu ici pour voler. Il va voler. » Ils m'ont remis debout. La voile s'est gonflée. J'ai fait un pas et on était dans le vide et je volais. On a fait un roulé-boulé en atterrissant, comme je ne pouvais pas me tenir sur les jambes, j’étais sur le dos du pilote et c’est lui qui a encaissé avec ses jambes tout mon poids pour pas que je me ramasse. Tout cela pour vous dire que si on s'arrête au monde d'aujourd'hui, eh bien, ce que je vous décris, cela ne serait plus possible. Ça je m’en rappellerai toute ma vie, c’est des souvenirs qui ne s’oublient pas. Et après, le CPA de Lyon qui s’occupait du parapente et de l’escalade, ils ont commencé à réfléchir à un fauteuil tout terrain pour faire sauter les personnes à mobilité réduite et le premier modèle de fauteuil, et bien croyez-moi, quand ils m’ont dit : « il est sur la galerie du 4x4, soit tu veux l’essayer, soit tu le sens pas et je te fais sauter « normal avec un baudrier. » J’ai dis au mec, je l’adorais ce pilote, et j’avais confiance en lui : « t’as un fauteuil faut qu’on l’essaye pour qu’on puisse avancer. » Et puis en plus il avait un directeur un peu fou qui lui disait : « oui, on t’a créé un fauteuil, mais depuis qu’on te l’a créé tu ne t’es pas envolé avec un handicapé, t’a fait ça qu’avec l’autre moniteur pour essayer mais tu l’as jamais fait avec une personne à mobilité réduite. T’es qu’un .... ». Et je vous jure il lui disait ça tout du long et le mec qui m’a fait voler, il me dit : « Jérôme, je ne veux pas te mettre la pression, mais j’en ai marre de me faire charrier tout le temps. Tout le temps il me dit ça, ça me saoule ». Et on essaye : Le fauteuil, c’était un fauteuil manuel avec une assise de spectacle en plastique, avec des suspensions de voiture sur les roues arrière et quand il me l’a sorti du 4x4, il le descend de la galerie, moi je ne le voyais pas. Je lui dit : « t’es sûr que ça vole ? » « Normalement oui. » Je lui dis : « si tu le sens, je le sens ». Et on s’est cassé la gueule tout les deux dans la pente. C’est une souche qui a arrêté le fauteuil. Parce que, en fait il n’y avait pas assez de vent pour nous faire décoller tous les deux. Moi j’ai décollé avec le fauteuil, j’ai ré-attéri et je me suis couché. C’est une souche qui m’a arrêté dans la pente et j’ai dit : « Frank, freine », il m’a dit « je ne peux pas », il était passé par-dessus moi. Donc ça s’est tout arrêté. Ça a tout tiré, ça lui a remonté les bijoux de famille. Il me parlait, il était accroupi, il me disait : « Jérôme, ça va ton dos ? Ton dos ça va ? ». Je lui ai dit : « oui, ça va, je suis un peu griffé partout, mais ça va. » Ils sont venus nous récupérer dans la pente et le directeur il a continué à le charrier. Frank, il fait 1m, 80. Il s’est levé. Il lui a dit : « tu peux te taire s’il te plaît. J’ai failli me foutre en l’air avec une personne à mobilité réduite. T’imagine s’il n’y a pas la souche ? tu nous récupères je ne sais pas où en bas, en quatre. » Et là, il s’est tu et il m’a demandé. On a pris le temps de récupérer tous les deux. Frank, il m’a dit : « si tu ne veux pas réessayer avec le fauteuil, je ne t’en voudrai pas. » Je lui ai dit : « quand même, il faut l’essayer ». Le directeur, on ne l’a plus entendu et je lui ai dit : « Maintenant vous allez nous aider à décoller au lieu de dire des conneries tout le temps » Là, il nous a aidé. On a redécollé et on a atterri. On devait manger au restaurant après et c’est lui qui a payé les bières à ceux qui avait volé en fauteuil. C’est lui qui a payé les bières pour tout le monde. C’est tout ce que je me rappelle. Un autre exemple. Je voyais des copains, des copines aller faire du cheval. Et un jour, j'ai dit à la prof de sport : « Tu veux pas m'emmener voir comment ça se passe, le cheval ? » Elle me répond : « Si, si, Jérôme. Il n'y a pas de problème. Mais de cela, c'est pas sûr qu'on puisse te monter sur le cheval. » On arrive là-bas. Le moniteur fait la séance normale pour les copains, les copines qui pouvaient monter normalement. Et la prof de sport, elle dit : « On t'a amené, Jérôme. Mais on lui a rien promis. Car on a des doutes sur l'écartement de ses jambes. » Il répond : « Ça fait trois quarts d'heure qu'il me regarde faire du cheval. Et il a envie de monter. Alors, nous allons essayer. » Ben, croyez-moi ou croyez-moi pas. Ils sont mis à plusieurs. Ils sont arrivés à me monter sur le cheval. Le monsieur est monté derrière moi pour me servir de support de dossier. Et j'en ai fait pendant deux ans. Et il m'a fait découvrir... Le trot, le galop. Et même le saut d’obstacle Sa chef lui disait tout le temps : « Tu prends trop de risques avec Jérôme. »Et il lui répondait : « Mais tu ne sens pas qu'on est en osmose ? Tous les deux, quand on est sur le cheval... Le cheval a compris Jérôme, il a confiance en nous deux. Et ça va bien se passer. » Effectivement , quand le cheval s’approchait de moi, il ne bougeait plus du tout, alors qu’avec les autres, il faisait le con. Et un jour, il m'a dit : « Jérôme, je vais changer d’employeur. » Je lui ai répondu : « Et ben moi... Si toi tu t'arrêtes... Je ne travaille plus ici. Moi j'arrête l'équitation. » Ces deux exemples veulent bien montrer à celui qui veut bien le voir que si on avait appliqué les règles de sécurité strictes je n’aurais jamais fait de parapente à cause de mes barres dans le dos et j'aurais jamais fait du cheval parce que il fallait me porter et me tenir. Faisons confiance les uns dans les autres. Arrêtons de s’emmerder avec des règles. Quand les activités se passent bien, pourquoi les arrêter parce qe les directeurs sont tenus d’appliquer un règlement d’hygiène et de sécurité trop fermé. Cette notion a changé avec le temps : il faut aller vers le risque zéro. À mon goût aujourd'hui pour un oui ou pour un non on fait des procédures, voire des procès trop vite. Je pense qu'il serait bien de revenir à un monde plus sincère, moins procédurier. Jérome Corderet 8 avril 2026
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