Jérôme Corderet, handicapé pas méchant ! Jérôme Corderet, handicapé pas méchant !

TRAVAIL EN ÉQUIPE

Mardi 13 Octobre 2020
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TRAVAIL EN ÉQUIPE Depuis l’âge de 7 ans, je suis en institution jusqu’à maintenant. J’ai 50 ans. J’ai vu des équipes diverses et variées. Au début, j’étais trop petit pour analyser ce qui se faisait réellement, mais à partir de 11 ou 12 ans, quand je suis arrivé dans un grand centre de semi-adultes, j’ai découvert ce que c’était que le travail en équipe. J’ai eu différents groupes dont un, je ne sais plus quel âge j’avais, mais il y avait 3 personnes qui s’entendaient super bien, qui étaient là pour les résidents ou les habitants. Et qui nous faisaient faire du théâtre avec des gens comme moi, physiquement et dans la tête. Et je me suis éclaté avec ces 3 personnes-là. J’ai fait au moins 3 pièces de théâtre, de mémoire. Il y en avait un que j’appelai « mon super-éduc » parce que dès que tu lui demandais un décor en carton, il te faisait un décor tout entier, pour toute la pièce de théâtre. Et les 2 autres nous entraînaient et nous faisaient répéter. J’ai aimé ces moments-là, parce que ces 3 personnes étaient là pour nous et basta. Et même si elles s’aimaient bien, si elles devaient s’engueuler, elles s’engueulaient. Après, j’ai changé de groupe. Je n’ai pas de souvenirs bien mirobolants, sauf que, quand je suis arrivé dans le dernier groupe, je dois vous dire un truc, il y avait un éduc que j’adorais. Tous le vendredis, ou les jeudis, il fallait aller faire des courses pour le groupe, pour ceux qui restaient le week-end, il me semble, de mémoire, ou pour le groupe, pour pouvoir faire des trucs, et des courses pour les résidents, et tous les vendredi, il y en avaient certains qui faisaient leurs courses pendant qu’ils faisaient celles pour le groupe. Alors l’éduc que j’aimais bien, une fois, il m’a pris à part, il me dit « viens on va boire un café. Quand on commence à parler de sortie pour les course, tu dis que tu as envie d’aller au parc de la Tête d’or, ou un autre parc » et tous les vendredi on s’amusait à ça pour casser le rituel. Après j’ai changé, je suis devenu adulte et je suis arrivé dans un foyer pour adulte. Et j’ai découvert les centres de jour dont un qui était à La Duchère avec le parti de ne pas prendre uniquement des éduc : prendre des gens qui s’y connaissaient dans un domaine style photo, vidéo, peinture, art thérapie. Ce qui fait qu’on avait une équipe pluri-disciplinaire, ce qui était super bien, parce que ils allaient à fond là-dedans. Il y en a qui ont pu être des peintres, faire de la vidéo, de la photo. Il y avait 2 personnes qui étaient là pour créer et inventer des adaptations pour chacun d'entre nous selon son handicap et ses possibilités. On avait monté un système: des appareils étaient devant nous notamment la caméra montée sur moteur électrique avec un petit écran et on pouvait filmer, nous. C'était génial ; on n'en a pas assez pour faire un film, mais ça m'a permis d'acquérir des connaissances en photo, vidéo et en informatique. Et aujourd’hui, je suis autonome avec l'outil informatique. Ça m'a ouvert une porte. Ça remplace mes mains. Mais maintenant, je suis dans d'autres centres d'adultes, je trouve qu'on tend de plus en plus vers l'occupationel brut. Bien sûr, il faut se rendre compte que la population a évolué vers le bas ; ça j'en suis conscient ; mais quand même, je suis là, nous sommes là, ceux qui sont comme moi. Et Voilà ! Donc maintenant les éduc proposent des activités, mais ne maîtrisent pas ce qu'ils font, pas à fond. Ce qui fait qu'on n'ose pas leur demander parce que les personnes proposent mais ne maîtrisent pas réellement. Et aussi dans la nouvelle génération d'éducateurs, d'AMP, ou de ce que vous voulez, je trouve qu'on a un peu trop de copinage. Parce qu'on s'entend bien avec untel ou untel, on se met ensemble, on essaie de faire un petit groupe mais le petit groupe, on n’essaie pas de le faire pour les résidents. Il faut un but pour les sortir, et on organise des sorties parce qu'on s'entend bien avec untel ou untel. C'est la nouvelle génération de travailleur social aujourd'hui. Je ne dis pas que ça m'attriste, mais ils ne sont pas là pour faire du copinage, ils sont là pour nous apporter quelque chose et surtout, ce qu'on a envie de faire et pas ce que l'équipe décide qu'on fasse et surtout pas ce que la chef de service nous verrait bien faire. Et je trouve qu'on tend un peu vers ça. Moi, je fais avec, parce que je comprends tout, mais c'est super chiant pour moi. Il y en a qui comprennent beaucoup moins bien que moi, alors ils sont un peu influençables et on le sait, alors on en profite un petit peu. Je ne sais pas où on va, les centres de jour vont vers l'occupationel brut ; il y a des gens qui sont là et qui ne veulent rien faire, ils ne savent pas dire, ils n'aiment rien faire. Ils ont 50 ou 60 ans et il faut que les équipes en prennent conscience . Ces gens là, oui, il faut leur proposer des trucs, mais pas les obliger à s'inscrire. Ce groupe, il faut le laisser tel qu’il est, mais tu dis aux autres qu'ils s'occupent de ceux qui sont motivés pour faire des choses et des fois, c'est lourd parce que tu es motivé , mais tu sens qu'il n'y a pas d'ambiance ou de volonté de travail d'équipe qui va dans le même sens pour un résident ou un groupe de résidents. Il n'y a pas de travail d'équipe concrètement. Ce sont des individualités ou des binômes qui s'entendent bien. Mais pas d'esprit d'équipe pour mener une personne ou un groupe vers un but. Peu importe si le but m’intéresse ou m’intéresse pas. C'est ça le problème dans le centre de jour d'aujourd'hui. Il n'y a pas de travail d'équipe concrètement ça arrange tout le monde . On fait des PPA, on lance des choses On les font pour les faire, mais voilà Il n’y a pas de but concret. Le 6 octobre 2020 Jérome Corderet
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