L’autonomie à tout prix
Mercredi 26 Juillet 2017
L’autonomie à tout prix
En étant dans des institutions depuis l’âge de 7ans j’en ai vu de l’autonomie à
tout prix !
Exemple : demander à quelqu’un de débarrasser la table alors qu’il ne peut pas, ou si
il peut, il s’en met partout. C’est ce que j’appelle de l’autonomie à tout prix. Faire
pratiquer à un IMC une activité d’orientation alors qu’on sait que les IMC, en
général, n’ont pas la boussole très juste. Leur faire pratiquer cela pendant des années
alors que la tête n’est pas prête ce n’est pas de l’autonomie, c’est de la torture.
Un jour je suis rentré dans un bureau d’orthophoniste je lui dit « bonjour Madame
j’aimerai apprendre l’orthographe ». Dans le centre avant, comme je parlais bien je
n’avais pas droit à de l’orthophonie. Elle me dit on va donc commencer par un bilan
d’orthophonie. Après avec son accord et le mien on a continué à faire de
l’orthophonie en étant persuadé que cela allait améliorer mon orthographe. Au bout
de 3 mois je lui ai dit « écouter Mme j’ai l’impression d’être à la maternelle ». Elle
m’a dit « je sais pour le moment nous ne travaillons pas l’orthographe mais je tiens
un peu ». Alors j’ai fait de l’orthophonie pendant 4 ans et grâce à une technique
qu’elle a appris à Paris j’ai découvert qu’une partie de mon problème d’orientation
était sur le fait qu’on ne m’a jamais fait travailler l’écriture attachée. Son travail
c’était de me faire écrire en attaché, répéter des mots en les découpant. Écrire une
lettre puis un mot, et une phrase tout en attaché. Pour écrire il faut aller à gauche, à
droite, tu montes, tu descends sans t'en rendre compte tu fais de l’orientation sur ton
papier. Et au bout de 6 mois je lui ai dit « certes l’orthographe ce n’est pas ça, mais en
tout les cas vous m’avez rangé la tête ». Elle m’a demandé de préciser. Je lui ai dit
« c’est moins le bordel dans mon cerveau. Je me repère mieux dans l’espace pour
m’orienter. C’est moins le bordel dans mon ordinateur. Elle m’a dit « tu vois au début
tu étais venu pour l’orthographe et aujourd’hui, c’est toi qui me dit que je t’ai rangé la
tête ». Cela pour vous dire qu’avant de faire des activités d’orientation ou des
manipulations de fauteuil, sans avoir en amont préparer le cerveau, cela ne sert à rien.
Et je pense que l’autonomie s’acquiert, c’est comme une matière. Si on ne sait pas
mettre une stratégie en place, qu’on dit aux gens on va faire telle activité pour faire
travailler ceci cela c’est bien pour vous les professionnels mais vous êtes en train de
vous planter. Ce que je veux, moi, c’est que la personne qui fait l’activité maîtrise
l’activité elle même. Après elle peut nous montrer, nous amener à faire, on est moins
spectateur. Que vous soyez orthophoniste, ergo ou éducateur il faut commencer par le
B.a ba et une fois que le cerveau est prêt on peut envisager des activités d’orientation.
J’ai connu un centre de jour ou certains animateurs, éducateurs trouvaient cela
ridicule que l’on fasse tourner des personnes comme moi autour des tables avec un
fauteuil électrique. Moi, aujourd’hui, je peux vous dire que si je maîtrise très bien
mon fauteuil électrique c’est grâce à cela, à tout ça d’ailleurs.
Cette personne ne m’a pas fait que tourner autour d’une table. Il me dit « Jérôme on
va aller faire un petit tour dehors avec ton fauteuil électrique ». On avait une place
bourrée de nids de poules et le but du jeu c’était d’éviter ces nids de poules. Une fois
qu’on a fait ça, il m’a dit « met une roue dans le nid de poules ». Il est resté à côté de
moi. Et j’ai compris ! Il m’a dit « ton fauteuil est bien équilibré . Mais ce n’est pas
fini. Tu vois l’énorme descente tu ne la prends pas par le plan incliné le plus bas mais
le plan le plus rapide. Quand tu es en descente avec un fauteuil électrique tu restes
toujours à la même vitesse et tu verras ton fauteuil ne glissera pas ». J’ai fait cela trois
fois avec lui et la 3 ème fois il m’a dit « remonte tout seul je prends les escaliers ». Et
pareil, même exemple, pour apprendre à se garer dans les véhicules il y a des rampes
d’accès. Une fois que tu es en haut, si tu te gares en vrac, les autres ils ne tiennent
pas. Au moins pendant 4, 5 séances il nous a fait faire ça, apprendre à faire des
créneaux pour être bien rangé. Il nous a dit « c’est comme une voiture il faut te garer.
Et je t’aiderai pas, je te dirai ce qui faut faire mais je ne ferai pas à ta place ». Et je
peux vous dire qu’aujourd’hui tous les véhicules c’est du gâteau. Et je pense
qu’aujourd’hui dans les structures avant de faire des PPI savants, il faut commencer
par demander à la personne où elle a envie d’être autonome. Si elle a envie de manger
toute seule, si elle n’a pas envie de manger toute seule. Et je pense qu’on a un peu
tendance à l’oublier. Ce sont les éducateurs qui pensent le bien pour nous et ça c’est
la nouvelle génération d’éducateurs, ils arrivent et pensent à l’autonomie à tout prix !
Merci.
De 7 à 23 ans tu es dans des centres où on te cadre tout le temps. Et d’un coup on te
dit « monte dans le train » et là il faut aller dans le milieu d’adulte. Certes tu n’as pas
appris à gérer tes papiers, à avoir une chambre à toi, parce que tu fais tout en collectif
dans des centres d’enfants jusqu’à 20 ans. Alors quand tu te retrouves à 20 ans dans
une chambre où on te dit « tu es chez toi et qu’on t’a pas appris à être seul ». Et je ne
le dis pas pour moi, mais pour tous ceux qui sortent du CEM et qui ne peuvent pas le
dire. On ne leur pas appris à être seul, à trouver des occupations que tu peux faire tout
seul. Ils ont tous le temps quelqu’un avec eux. Il faudrait quand on arrive dans le
dernier groupe et que l’institution prévoit des moments, petit à petit, pour faire des
activités pour apprendre à trouver des centres d’intérêts.
Moralité de l'histoire je vous souhaite de ne pas devenir dépendant, sinon j'irai
m'occuper de vous.
26 juillet 2017
Jérôme Corderet