Je m’appelle Jérôme Corderet, je suis handicapé de naissance, je suis atteint de paralysie cérébrale.
Je me suis mis à écrire des textes car je n’avais aucune déficience intellectuelle, et je voyais des choses dans le médico-social qui ne me plaisaient pas ou tout au moins tout ce qu’il y avait à modifier pour être mieux pour des gens dits lourdement handicapés. Donc, voilà, j’ai commencé à écrire, j’y ai pris du plaisir, et je me suis mis à écrire sur d’autres choses que le médico-social, sur ce que je pensais du monde actuel et à venir. Ce ne sont que des idées auxquelles je crois. Lire la suite....
En 1993, je suis parti me faire opérer de la colonne pour la deuxième fois. Un jour j’ai fait un abcès sur la cicatrice, il a pété. Au bout de 6 mois le chirurgien faisait des prélèvements, les envoyait à l’analyse et ça revenait sans germe.
Alors j’ai passé un an comme ça entre l’hôpital et chez mes parents, et ça c’était long ! À chaque fois, il nettoyait la plaie, et ça re-pétait. Ils nettoyaient ça sous anesthésie générale, en plus... Il a fait ça pendant 1 an, à chaque fois, il faisait des prélèvement de ce qui coulait de la cicatrice et ça revenait sans rien. Et un jour, il me dit : « tu fais peut-être une allergie à la barre que je t’ai posée, mais il faut attendre encore un peu que la greffe prenne et que ce soit consolidé. Je pourrai te l’enlever après. » J’ai tenu 1 an, c’était très long. Et les gens de l’hôpital, ils me voyaient revenir et me demandaient ce qu’ils pouvaient faire pour moi. Ils voyaient bien que le chirurgien ne cherchait plus, bloqué sur son idée de rejet de la barre alors qu’en 1984, lors de la première greffe, je n’avais pas du tout fait de rejet. Et un jour, il me dit : « tu devrais aller voir ta dentiste, par ce que, parfois, les allergies, ça vient des infections dentaires » ; donc je l’ai écouté.
Je suis allé chez ma dentiste, elle regarde toutes mes dents, il n’y avait pas de problèmes aux dents.
Ma mère et moi, on lui raconte que je me baladais entre l’hôpital et chez mes parents. Et puis elle me dit, à moi directement : « Jérome, tu as confiance en moi ? » ; je lui réponds : « oui !». Elle m’a dit, j’ai un vieux copain qui travaille aux maladies infectieuses à la Croix-Rousse, Je peux l’appeler pour lui poser une question ? » Je lui dis : « vas-y, prends ton téléphone si tu peux m’aider tant mieux ». Elle prend son téléphone, on lui demande de rappeler par ce que c’était un spécialiste. Elle dit deux-trois conneries pour l’amadouer pour qu’il rappelle.
Il rappelle 10’ après, j’étais toujours chez la dentiste, alors elle met le haut-parleur, elle parle pour moi, en lui disant que j’avais été opéré de la colonne, que j’avais fait un abcès sur la cicatrice et que ça coulait ; qu’on faisait des prélèvements régulièrement, dès que ça pétait et que ça revenait sans germe.
Il lui répond dans le téléphone : « ma Poule, ça fait 20 ans que je travaille dans les infections, 20 ans que je n’ai pas vu d’infection sans germe. Quand il y a pus, il y a germe ». Elle lui répond : « oui, mais pour aller dans ton service, qu’est-ce-qu’il faut qu’il fasse pour pouvoir y entrer ? Ça doit être long pour obtenir un rendez-vous ou une place ? » et il reprend : « je m’occupe de l’intendance ; je veux le voir dans mon service dans 48 heures. Il ne verra que des internes par ce que moi je suis à un colloque sur les maladies infectieuses à l’autre bout de la France, ou dans un autre pays, je ne sais plus. Et il dit : « tu ne verras que des internes, mais moi, en rentrant, je te promets que je regarderai ton dossier. ». Alors il explique à ma mère qu’il voulait me voir dans 48 heures.
Mais avant d’aller à la Croix-Rousse, je suis allé dire à mon chirurgien qu’il fallait mon dossier, que j’allais ailleurs pour vérifier quelque chose. Et j’ai découvert qu’à l’époque, on ne pouvait pas déplacer un dossier médical d’un hôpital qui l’avait géré. Alors moi, je lui ai dit gentiment : « il me faut mon dossier, tu te débrouilles comme tu veux je suis là avec un ambulancier ; j’attendrais le temps qu’il faudra, mais il faut que je rentre à la Croix-Rousse avec mon dossier ». il est parti en rouspétant un peu. Bon, bref, il est revenu avec mon dossier...
Et il a dit à Maman et à l’infirmière qui était là : « Vous avez vu ? Les patients maintenant quand ils sont mécontents du service, et bien c’est comme un mécanicien de voiture, ils changent de garage ! ». Alors moi, j’ai rigolé, je lui ai dit que j’avais confiance en lui mécaniquement, mais que je voulais m’en sortir, que je ne voulais pas rester comme ça, donc je suis parti à la Croix-Rousse.
On est allé à la Croix-Rousse, dans un vieux service tout pourri , tout triste. Ça faisait pas envie d’y rester, il faut le dire, pas du tout. Mais je l‘avais pas le choix ! Alors j’ai fait tout mon pedigree devant un théâtre, ils me disent : « ben heureusement que ça a coulé, parce que ç’aurait été la septicémie. Tant qu’il y a l’abcès pour écouler, c’est bien » et puis il me dit ; « vous aller passer la nuit ici, parce que là il est 16h et on ne peut pas travailler à cette heure. » Donc, je passe la nuit et le lendemain je vois le même jeune, et je lui dis « c ‘est quand qu’on attaque pour chercher ce que j’ai dans le dos ? ». Il me dit : « Jérôme, tu as bien dormi cette nuit, on t’ a fait dormir avec un petit cachet et, pendant que tu dormais, on a fait des prélèvements toutes les heures. Maintenant c’est en culture, tu peux rentrer chez toi.et je vais te donner un antibiotique de base et on attend le résultat »
Voilà, j’ai passé 24h à la Croix-Rousse et au bout de 48 heures, il rappelle chez mes parents, parce qu’à l‘époque, je n’avais, pas de portable. Ma mère, elle n’osait pas décrocher parce qu’elle avait repéré le numéro de la Croix-Rousse. Elle décroche et le premier mot du docteur qui avait dû la sentir pas très zen quand on était là-bas, il lui a dit : « n’ayez pas peur, Jérome, il est sauvé, mais vous pouvez me le ramener ? Je vais lui expliquer ce qu’il a et puis on va lui donner le bon traitement, ça va bien se passer ; » alors je suis retourné à la Croix-Rousse, il m’a mis sous antibiotiques très fort en perfusion pour commencer ; et il nous a dit « vous avez une maladie nosocomiale qui ne s’attrape que dans les blocs opératoires. Votre chirurgien, avant de vous ouvrir pour nettoyer, il aurait dû prendre conseil auprès d’un services de maladies infectieuses, peut-être pas à la Croix-Rousse, un autre, ça aurait été plus vite. » Et puis il m’a soigné et tout s’est bien passé, très bien passé même. Par contre les antibiotiques à haute doses, ça a déclenché des diarrhées incontrôlables.
Donc voilà, j’ai fait ce traitement antibiotique chez moi. Entre temps, les centres, comme ça faisait longtemps que j’étais parti, ils m’ont fait téléphoner par le service social disant que si je n’étais pas là la semaine suivante, je perdais ma place . Alors avec maman, mon médecin et celui de la Croix-Rousse, on a décidé de ne plus faire le traitement par perfusion mais par piqûre. Comme ça, j’ai pu regagner ma place, sinon j’allais perdre l’hébergement et le centre de jour.
Vive le social et vive la considération sociale des gens qui gèrent les établissements. Ça veut bien dire qu’on n’est que de l’argent! ça c’est une parenthèse.
Et voilà. Quand j’ai été stabilisé, il fallait quand même changer les pansements, tous les 15 jours, j’allais à l’hôpital.. Et ça s’est passé comme je vous ai dit. La plaie s’est refermée toute seule, Y’avait plus besoin de nettoyer, de curer. Tout ça pour vous dire que des fois tu rentres à l’hôpital pour réparer un truc et puis tu attrapes une cochonnerie parce que les salles d’opération sont beaucoup trop désinfectées à fond, et les virus apprennent à résister. Mais je m’en suis sorti et je vais bien.
Jérome Corderet
17 novembre 2022
