J'ai commencé ma vie en institution à 7 ans.
Jusqu'à maintenant, j'en ai cinquante-cinq.
Quand tu es petit, tu ne ressens pas la lourdeur d'une institution.
Mais au fil du temps qui passe, tu te mûris.
tu grandis.
J'ai connu, on couchait dans des énormes dortoirs, sur des petits lits, on était une vingtaine.
Que des garçons, bien sûr, pas mélangé.
A 11 ans, j'ai changé de centre.
Et j'ai connu des chambres à trois lits.
Là, les équipes éducatives faisaient attention à ce que les gens dans la chambre s'entendent bien.
Il n'y avait pas trop de déséquilibre au niveau de la pensée.
Ca faisait à peu près des groupes homogènes.
Jusqu'à 23 ans, ça a été.
Après, sont apparues des différences de niveaux.
Et de comportement, du fait qu'il y a des handicaps associés.
Mais je tiens à dire que depuis l'âge de sept ans jusqu'à maintenant, je n'ai jamais choisi une place.
Quand j'étais un des premiers en loi-Creton,
Nos centres pour enfants n'avaient plus le droit de nous renvoyer chez nous.
Par contre, dès qu'il y a eu un foyer accueillant des IMC adultes,
J'ai dû monter dans le train et on m'a dit, si le foyer ne te plaît pas, tu changeras après dans un autre établissement d'adultes.
Bon, d'accord. Je suis toujours au même endroit.
Ce qui veut dire que j’y suis pas si mal.
Mais alors les nouveaux résidents ?
Gros groupe associé, divers et variés.
Ils chantent et ils poussent des cris.
Et avec tout cela, il faut avoir une vie de groupe, une vie d'institution.
Mais croyez-moi, ça devient lourd et pesant.
Car quand tu te retrouves dans un groupe,
avec des pathologie différente,
Et quand au milieu de tout ça, t'as toute ta tête, et ben c'est dur.
Car toutes les institutions mélangent tous types de handicaps maintenant.
Pour la rentabilité.
Et on ne fait plus attention au profil des gens.
Et pourtant, nous avons une loi qui dit que la personne accueillie est au centre de son projet.
Pour moi, ce n'est que du blabla politique.
On peut croire qu'on le fait, mais on le fait mal.
On peut croire qu'on s'occupe de tout le monde correctement, mais c'est faux.
Je ne sais pas où peuvent aller des gens comme moi, dépendants.
Il faudrait que les grosses associations en prennent conscience et entament le combat.
Faire des petites structures homogènes.
Moi, je ne sais plus où postuler.
On est géré par des institutions comme l'ARS et le Conseil Général.
Qui ne connaissent rien à l'handicap et qui gèrent les gens avec des grilles d'auto-évaluation,
voilà la vie en institution aujourd'hui d'une personne dépendante
Il y a eu la loi 2002-2.
Elle a obligé les institutions à avoir un projet de vie pour chaque personne accueillie.
Et quand tu dis :je ne veux pas d'un projet de vie ou d'un PPA, je veux vivre comme vous, sans me poser de questions.
Tu sens un gros blanc parce que les gens, dans leur formation, on leur apprend à suivre cette loi. Et se guider par un PPA.
Et tous les personnels, dès que tu dis « je n'en veux pas », ils sont perdus.
Alors que tu as le droit de ne pas en vouloir. Moi, je n'en veux pas. Je veux vivre comme une personne valide. Vous, vous n’écrivez pas tout ce que vous voulez faire.
Et bien moi non plus.
Jérome CORDERET
16 avril 2025